28 août 2007
Incendies en Grèce
Est-ce la faute du régime ? En tous les cas, l'Europe brûle sa Grèce.
27 août 2007
Raymond Barre nous manquera
Comme dans le fameux sketch de Thierry Le Luron et Bernard Mabille, Raymond barre recevait dans sa célèbre propriété de Saint-Jean-Cap-Ferrat pour un entretien très bien fait, mené par Franz Olivier Giesbert, ce soir sur France 2. Cette émission, enregistrée en 2005, d'une grande sobriété a permis de faire s'exprimer un esprit tout à fait étonnant.
Les caricaturistes s'en étaient donnés à coeur joie sur ce personnage rond. Il se définissait d'ailleurs comme cela : Du Bebête Show jusqu'aux Guignols (dont je me rappelle une fausse pub où l'on voyait Raymond nu comme un ver faire la pin-up...), rien ne lui a été épargné. Quand on est un peu gros et moche, on ne voit tout de suite que ça...(c'est un peu la même histoire avec François Hollande). Et sans oublier, les médias "sérieux" qui présentaient Raymond Barre dans un exercice qui arrive à plus d'un, sauf que lui ne faisait pas semblant : dormir à l'Assemblée. Alors que les autres se forcent à s'engueuler et en rajoutent en claquant leur pupitre, Raymond Barre, lui, osait ronfler mais c'était parce qu'il savait que le vrai moment de travail n'est pas dans ces quelques heures théâtrales.
Bref, on aurait tendance à oublier qu'il fut un exemple d'homme d'Etat : vice-président de la Commision européenne sous le général de Gaulle et Georges Pompidou, ministre du Commerce extérieur en janvier 1976, puis six mois après, Premier ministre du président Giscard d'Estaing, succédant ainsi à Jacques Chirac...le même qui en 1988, sera un adversaire lorsqu'il se présenta aux présidentielles.
Dans cet entretien télévisé, "le meilleur économiste de France" comme l'avait consacré Giscard d'Estaing est apparu comme un sage sans haine, ni rancoeur. Le jugement de cet homme est mesuré, réfléchi, dont les formules sont finement trouvées. On sent une réelle admiration pour le Général, et pourtant, il dira qu'il a gouverné comme "un roi fainéant", "laissant ses maires du palais diriger". De Giscard, j'ai retenu qu'il le percevait comme un homme sensible aux coups, agréable, à la stature d'un homme d'Etat et qui le vouvoiera jusqu'au bout. C'est bien Giscard....
Comme il ne se disait pas homme politique, Raymond Barre ne débine pas systématiquement les socialistes, approuvant le tournant rigoureux pris en 1983. Il dit aussi de François Mitterrand qu'il fut le "Lawrence d'Arabie de la politique", "un aventurier", qui avait lui aussi la dignité d'un chef de l'Etat, sachant prendre les décisions courageuses quand elles s'imposaient. Et puis, il admirait comme beaucoup ce courage qu'il avait eu d'affronter la mort au pouvoir.
Pour Chirac, il commentera que ce fut son tour et qu'acharné comme il était, les Français reconnaissant lui devaient bien cela. Rien de méchant.
Pour les journaux et les médias indélicats et/ou nauséabonds, FOG rappelera qu'il pratiquait la "politique des boules Quiès". La tempête ne l'effraie pas et ne le dissuade pas de bousculer la France pour son bien futur. Ce que Chirac était incapable de faire...
Et ne parlons pas de l'affaire après l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic en 1980, ni du soutien à Maurice Papon. Il a balayé sans difficultés ces accusations outrancières.
Face au grand vide idéologique à gauche, le flou artistique au centre et la fascination pour le président moitié people, moitié de Funès à droite, on se dit que la France perd un être intègre et donc devenu rare, dont le souci premier n'était pas son image mais le rétablissement économique. La vraie rupture, c'est quand on prône les valeurs de l'humilité et de la refondation.
Certains avaient eu l'Histoire, la stature ou bien le moment, Raymond Barre avait lui le courage.
25 août 2007
Raymond Barre nous a quitté
Précisons que pour une fois, nous avions eu le temps de lui rendre hommage au mois de mars de cette année.
Retrouvez cet article.
A lire aussi, et surtout, ce cri du coeur (ou d'ailleurs) publié par notre ami Martin Lothar dont la lecture du blog m'est indispensable un peu plus chaque jour tant sont grandes les qualités humaines et intellectuelles de sa prose. Le loup Martin a perdu un de ses pygmalions (ou pygmaloups).
Ton dernier commentaire était un appel. Et chacun sait, et toi mieux que quiconque, qu'on ne résiste pas à l'appel du loup.
Je compatis, hein?
22 août 2007
Gare, Gare !
Teddy n'a pas besoin de Monsieur Julien pour trouver des idées d'articles. Mais bon, je dois dire que j'ai demandé à monsieur "transports ferroviaires" de nous éclairer sur le projet d'une nouvelle gare. Et le billet ne manque pas d'éléments pour tous ceux que la question intéresse. Je suis ravi de lire tout cela. Et je suis encore plus joyeux à l'idée d'appeler à reconstruire l'ancienne gare d'Orléans.
Les trains, bien plus que les avions, m'ont toujours fait rêver. L'histoire du rail est passionnante. Et Rouen ne se mit pas à l'écart de cette révolution technologique extraordinaire. Que le train continue à nous faire rêver !
Si vous voulez des renseignements sur la ligne Rouen-Orléans. Euh...It's in english. If you want translate this text...why not ?
Ajout du 23 août : traduction de M.Teddy
« Compagnie du Rouen-Orléans »
La Compagnie du Chemin de Fer d’Orléans à Rouen était une compagnie française. Créée en 1872 par Mr Ridder et absorbée par la Compagnie des Chemins de Fer de l’Ouest en 1891.
Une loi autorisait les conseil généraux (départementaux ?) à faire construire des chemins de fer pour les nécessités locales (régionales ?), c’est ainsi que le Conseil Général de l’Eure autorisa la construction de la ligne d’Orléans à Rouen dès que la loi fut passée.
L’histoire commença en 1878 quand les fonds nécessaires et l’acquisition de terrains commençaient sur la section du Loiret. Plusieurs ponts furent construits à Chartres et traversèrent différentes rivières telles que l’Avre, le Blaise, et le Blairas entre 1869 et 1873. Les sillons (ou lits de voie ferrée) furent construits en même temps que les gares et la pose des voies ferrées.
La compagnie desservait les gares de la Compagnie du Paris Orléans à Orléans et celle de la Compagnie de l’Ouest à Dreux.
La ligne fut fermée en 1989 dans sa globalité, mis à part quelques portions utilisées pour le trafic passager régional, le fret ou la préservation historique.
Source : Wikipédia in english
Photo : le site d'un passionné
21 août 2007
Micheline Dax et le Don d'Adèle
Il y a de ces femmes que l'on aime sans réellement les connaître. Et pourtant, on y est attaché tendrement.
Hier soir, je tombe sur une pièce de théâtre sur France 3 qui ne m'inspire pas dès le début...et pourtant je la regarderai jusqu'au bout. J'y vois Micheline Dax...une triste pensée me vient. N'est ce pas là un hommage pour l'actrice...
Heureusement, il n'en est rien. La pièce, enregistrée en 1984, avec Micheline Dax était prévue sur Télérama.fr et la célèbre siffleuse explose toujours au théâtre actuellement. Me voilà rassuré.
La pièce Le Don d'Adèle est une pièce de boulevard pur sucre. Ses auteurs Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy sont bien connus pour avoir écrit de beaux succès de théâtre. Retenons en trois : Folle Amanda, Potiche et Lily et Lily. Des chefs d'oeuvre dus au talent de l'interprétation de la grande Jacqueline Maillan. Sans cette diva du boulevard, ces pièces seraient sans nul doute un peu plates.
Eh bien, il arrive la même chose au Don d'Adèle. Sans Micheline Dax, la pièce est une nullité. Le jeu de l'actrice compense en effet une histoire un peu simplette.
Dans une famille bourgeoise, celle des Veyron-Laffite, la bonne vient de démissionner. Edmée, la maîtresse de maison, jouée par Micheline Dax, engage en catastrophe une autre employée de maison. Très vite, la famille se rend compte que la domestique a des dons de voyance. Ses prédictions, après avoir embarrassées les uns et les autres puisqu'Adèle voit tout, intéressent peu à peu la famille. Edmée en oublie qu'Adèle est une véritable "bonne à rien", chabraque et ne connaissant absolument pas son métier. Après avoir couchée avec le fils de la maison, Adèle a perdu son don, en même temps que sa vertu. Pour elle, c'est une délivrance. Mais la famille, et surtout Edmée, ne voient plus l'intérêt de garder cette femme. Le fils s'y oppose et propose à Adèle de se marier. C'est finalement Adèle qui va partir. Cette dernière, sachant ce qu'il faut dire aux gens pour les faire rêver, veut s'installer comme voyante....Voilà en quelques mots, l'histoire résumée.
Axelle Abbadie, qui joue le rôle d'Adèle, est vraiment fade et surtout crispante quand elle rit. Les autres font ce qu'ils peuvent. La mise en scène de Jean-Paul Cisife est assez dynamique et évite qu'on s'ennuie un peu trop.
Et puis, il y a un visage que je connaissais : celle qui jouait la fille d'Edmée. Il s'agissait de Charlotte Kady. Après quelques recherches, j'ai appris qu'elle avait, entre autres, présenté Récré A2 dans les années 80, à l'époque où j'étais encore innocent et sans ordinateur.
Mais revenons à Micheline Dax. Je la connais comme beaucoup grâce à ses voix : celle de Peggy la cochonne bien sûr dans Le Muppet Show, mais aussi Cléopâtre dans Astérix, La Castafiore dans Tintin et le lac aux requins, et puis différents Disney...La liste sonore est longue.
Et puis, je l'avais beaucoup aimée dans Une nounou pas comme les autres, téléfilms avec Mimi Mathy qui repassent régulièrement et que j'aime bien. Un exemple de tolérance universel....
Je suis donc bienheureux ce soir de l'avoir vu dans l'exercice où elle demeure, comme Jacqueline Maillan, une vedette incontestable. D'ailleurs, en lisant sa biographie sur Wikipédia, j'ai appris une chose qui la réunit d'avec La Maillan. Elles ont toutes les deux partagé le même homme, Michel Emer, qui écrivit pour Edith Piaf (L'accordéoniste, A quoi ça sert l'amour, etc*...). Micheline Dax, apprend-on, en était une amie intime.
* (Michel Emer est aussi le compositeur de Mon polo que Maillan chante dans Folle Amanda. Je signale à mes aimables lecteurs que je suis toujours à la recherche de ce titre...si vous pouviez m'aider)
19 août 2007
Campagne estivale
La politique a-t'elle fait sa rentrée ? François Hollande et Ségolène Royal ont déjà fait des déclarations. Nicolas Sarkozy, dont l'omniprésence a fait oublier qu'il était en vacances, devrait revenir au travail dès lundi. A Rouen, les blogs sont encore endormis. L'heure est encore au repos. On se remet doucement des dernières élections et on prépare les municipales qui ne seront pas moins éprouvantes à l'évidence.
Ainsi, Laure Leforestier revient sur sa campagne de candidate UDF-Modem à Rouen sur un blog du Modem. Cela commence par l'évocation de l'Université de l'UDF en 2006 :
Je n’y suis pas, à cette époque je n’ai pas encore adhéré à l’UDF. Le discours de François Bayrou à l’Assemblée Nationale lors du vote de la motion de censure contre le gouvernement de Villepin a agi comme un déclencheur, enfin quelqu’un parlait d’un espace politique où je me retrouvais ! Mais pour moi, à ce moment-là, les militants UDF ressemblent à la caricature qu’en font les Guignols : propres sur eux, avec un pull noué sur les épaules et des mocassins à glands…
Rires. C'est vrai que c'est un peu l'image que beaucoup (dont moi) ont de cette bonne et fidèle alliée de la droite....Chrétien, libéral, coincé...bonjour l'ambiance aux repas du dimanche...après la messe, bien sûr! Il n'en reste que les Guignols de l'info ont rendu bien sympathique François Bayrou. Comme il l'avait fait en 1995 pour Jacques Chirac. Cette marionnette aux envies et à la diction enfantines a fait beaucoup pour les fameux 18 %.
Après le débat Royal-Sarkozy :
Parce que ce débat-ci n’amène rien au schmilblick. Chacun dans un rôle, au fait on élit quoi ? Un Président de la République ou un premier ministre ? On ne se doutait pas encore que les français allaient élire un homme–orchestre…
Rires. Je n'y avais pas pensé mais c'est vrai que Nicolas Sarkozy a un côté Rémy Bricka, avec sa colombe Cécilia....
Entre deux tours :
L’horreur ! Le 24 avril, Sarkozy vient à Rouen où il tient un meeting. Pierre Albertini l’accueille d’abord en mairie puis au Zénith. Au courant de ce qui se tramait, j’ai déserté la mairie toute la journée. A 19 heures, je regarde en direct et hurlant l’embrassade entre mon patron et le petit Nicolas sur I télé.
Rires. Oui, c'était assez apocalyptique à l'époque. On se serait cru en octobre 1940 sur un quai de gare...
Une chose que ne nous dit pas Laure Leforestier dans cette réflexion post-électorale, c'est pourquoi elle reste au Conseil municipal...hein, finalement, avec Pierrot Sarkocompatible ? Peut être que la réflexion parue dans Libération le 10 mai 2007 vaut toujours... «C'est quand même lui qui m'a mise en place !»...ou bien alors le projet d'enterrer tout ça au fond du jardin est toujours d'actualité...?
Régine, reine de la nuit
15 août 2007
Hergé admirait lui aussi la cathédrale de Rouen
Pour continuer ce petit hommage à Hergé, qui fête en cette année 2007 le centenaire de sa naissance, je me permets de vous faire part d'une interview recueillie en 1978 par Michel Daubert.
Dans cet extrait, on apprend qu'Hergé avait dans son bureau trois grandes sérigraphies de l'artiste pop américain Roy Lichtenstein :
"Ce sont trois versions de la Cathédrale de Rouen, de Monet, reprise par Lichtenstein en la traduisant avec une trame mécanique comme dans les journaux. J'ai vu des dessins de Lichtenstein et j'ai été frappé par la similitude de constructions entre les miens etles siens. On sent que c'est vraiment épuré : il y a un trait pour finir, un seul, pas trente-six, qui va être décisif ; il faut bienle choisir et il faut longtemps travailler avant de le trouver. On sent cela dans ses esquisses - et jesais qu'il estime "Tintin" pour les mêmes raisons : ce travail violent sur le papier...et puis alors on refroidit le dessin, il devient plus "cool", et on prend le trait qui parait le meilleur, qui donne toute l'expression, qui semble, à celui qui le fait, rassembler toute l'énergie, tout le mouvement." (Télérama, Tintin, l'aventure continue, Hors-Série, 2003)
Voilà qui fera plaisir à tous les Rouennais (et aux autres) qui admirent aujourd'hui et jusqu'au 16 septembre le spectacle "De Monet aux pixels" dans lequel sont projetés sur la façade de la Cathédrale de Rouen les célèbres tableaux de Monet et Lichteinstein entre autres. Projet qui doit beaucoup à notre guest star Laure Leforestier :-)
14 août 2007
Cécilia : c'est qui celle-là ?
Un bilan de la présidence Sarkozy Les cent jours de Cécilia...
Voilà les gros titres sur ce journal de gauche, vraiment tombé bien bas...
Donc, même Libération fait du people en consacrant sa une à Cécilia Sarkozy dont je n'ai véritablement que faire. Que l'on parle du président Sarkozy tout le temps comme c'est le cas actuellement, pourquoi pas...Nicolas Sarkozy a été élu. Et il est en Lybie, aux côtés du Cardinal Lustiger, chez les Bush à bouffer du hamburger, à Wolfeboro, sur un bateau, en train de faire son jogging, à pied en chemisette....Partout, il est partout !
Mais, Cécilia...c'est qui ? Elle veut jouer un rôle en politique ? De quel droit ? Cécilia se prendrait-elle pour la nouvelle Madame de Pompadour, la légitimité en plus ? Alors même que nous avons un ministre au Quai d'Orsay, capable de rendre tous les services possibles et inimaginables...
Pour Cécilia, les fleurs, les réceptions chez l'ambassadeur, les hôpitaux et c'est tout !
Passe ton élection d'abord !
Décidément, les médias veulent nous vendre un couple Kennedy. Espérons juste que Madame ne récupère pas le cerveau de Monsieur sur le capot de la ZX...
Si on peut saluer le volontarisme de Nicolas Sarkozy et des actions en cours (qui pour certaines vont dans le sens de la réforme), on peut déplorer cette sur-médiatisation qui renvoie trop la politique aux belles pages de Paris-Match.
Enfin, puisque la voix de l'opposition est inaudible et que Ségolène Royal est retenue en otage en Colombie (ah non ! c'est pas elle...), la droite aurait bien tord de se priver du boulevard qui va les conduire jusqu'en 2017 sans difficultés !
11 août 2007
Tintin, le grand nègre blanc
Dans un article du Monde, en date du 10 août 2007, on apprend qu'un étudiant congolais vient de déposer plainte à Bruxelles contre l'un des premiers albums d'Hergé Tintin au Congo qu'il juge raciste et demande à la Société Moulinsart qui gère les droits d'Hergé de retirer purement et simplement cet album de la vente.
Jozef De Witte, le directeur du Centre pour l'égalité des chances, un organe parapublic, a affirmé au quotidien De Morgen qu'il comprenait "la sensibilité" du plaignant mais qu'il fallait éviter "l'hyper politiquement correct". "Les gens ne sont pas idiots, il faut peut-être considérer ce livre comme le produit de son temps", souligne M. De Witte. "Rappelez-vous que lorsqu'il heurte la voiture de Tintin, c'est le train qui déraille, ajoute Marcel Wilmet. Cela prouve bien que l'on nage en pleine fiction, non ?" (Le Monde)
Oui, en effet, le politiquement correct a une nouvelle fois frappé fort. Cette attaque contre Hergé m'a particulièrement ulcéré et je suis allé immédiatement consulter cet album qui figure dans ma bibliothèque en bonne place, comme tous les autres albums d'Hergé pour qui l'enfant que j'ai été a eu la plus grande passion.
Pour ne rien vous cacher, Tintin au Congo n'est pas mon album préféré. Je ne dois pas être suffisamment accro pour aimer cette oeuvre de jeunesse d'Hergé, parue en 1930 dans Le Petit Vingtième, journal mythique pour tous les tintinophiles et redessiné dans sa version actuelle en 1946.
En effet, quand on parcourt ces pages, on peut être surpris. Un rapprochement saute aux yeux. Tout comme le fameux détective d'Agatha Christie, Hercule Poirot, tout le monde connaît Tintin et Milou. Quand Tintin et Milou arrivent en Afrique, un noir avec avec un bouclier et une lance explique à son fils : "Ti vois ce grand bateau, Boule de neige?...Eh bien, ça y en a Tintin et Milou sur ce bateau". Voilà comment parlent les noirs dans tout l'album....
Le fameux petit noir qui figure sur la couverture de l'album dans la voiture transsaharienne s'appelle...Coco et Tintin, en le
montrant du doigt lui demande : "Alors, c'est entendu, Coco?...Tu m'accompagneras durant tout mon voyage.... Le pygmée répond "Bien, missié". Le noir est gentil et servile, voilà le cliché en effet.
Une certaine vision de l’Afrique…
Un peu plus loin, Tintin essaye de traverser une voie ferrée avec sa voiture , il est bloqué. Le noir s'échappe (sous-entendu le noir est vif et lâche), Tintin reste, lui, bloqué. Eh bien, chez Hergé, le train déraille....Le pire reste à venir, puisque Tintin demande aux noirs présents à côté du train qui est sur le côté "Au travail, vite !...Vous n'avez pas honte de laisser ce chien travailler tout seul?..." et Milou de surenchérir "Allons, tas de paresseux à l'ouvrage!". Tintin hausse le ton devant un noir qui ne veut pas se salir pour soulever la loco "Allez-vous vous mettre à l'ouvrage, oui ou non ?". Puis une fois le train remis sur ses rails, un noir avec un canotier dit "Li missié blanc très malin!". Alors que le pauvre Tintin dans son chapeau colonial a gueulé un peu pour les faire bosser mais n'a finalement rien fait...(sous entendu, le blanc réfléchit, le noir avec ses bras agit...).
Et des scènes comme celle-là, il y en a quelques unes. Elles sont très naïves, tout comme les scènes de chasse...
Dans un hors-série que Télérama consacrait à Tintin en 2003, un auteur de théâtre congolais Caya Makhélé avait été interrogé. Son point de vue compréhensif et émouvant donne de l’espoir et, bien heureusement, ne voue pas aux gémonies l’œuvre africaine d’Hergé. Il raconte que son père lui a offert ce cadeau pour ses 10 ans :
" J’ai vite appelé mon ami Gaby pour venir admirer la belle auto transaharienne (même si nous n’étions pas au Sahara) deTintin et le veinard de Coco, le petit black qui était assis aux côtés du jeune reporter, grâce à qui nous allions découvrir notre pays, le Congo ".
Caya Makhélé allait " dans les rues écouter les gens parler. J’étais devenu un chasseur du parler petit-nègre ". Parce que Tintin parlait lui le " grand-nègre ", le bon français de France ou de Belgique, comme l’affirmait son copain Gaby.
" Un jour, je demandais quand même à mon père : " Ce n’est pas vrai que c’est ça, le Congo ? ". Mon père me répondit que c’était un peu comme dans les contes de nos veillées ; il y avait des peurs qui n’étaient pas des peurs, des haines et des préjugés qui n’en étaient pas, des Congolais qui n’étaient pas des Congolais ". Je compris alors que ce Tintin au Congo n’avait été qu’un leurre, et qu’un jour le vrai Tintin viendrait voir le vrai Congo, y rencontrer les vrais Congolais. Un demi-siècle plus tard, Gaby et moi l’attendons toujours….Mais maintenant nous savons " qu’en Europe tous les petits Blancs y en a pas être comme Tintin ".
Belle leçon, non ?
Dans le monde d’Hergé, du spécialiste tintinophile Benoit Peeters, on lit que l’album est " un sujet de commande ". Il fallait glorifier l’empire colonial belge. Redisons qu’à la même époque , Paris organisait en 1931 l’exposition coloniale internationale de Paris où l’on pouvait voir dans des " zoos humains "des autochtones de nos belles contrées coloniales vivrent avec ce même côté bestial – enfin, on faisait en sorte de les mettre en scène comme cela – et ces attractions plaisaient énormément.
L’Europe était une belle enflure, donnant des leçons d’humanité et de morale à la terre entière…
Après une mise au pinacle de l’album pendant toute la période de la décolonisation, Benoit Peeters note un " détail amusant " : c’est une revue zairoise qui sera la première à redécouvrir l’album…
Hergé dira de cet album dans des entretiens à Numa Sadoul : " il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu bourgeois dans lequel je vivais…C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : Les nègres sont de grande enfants…Heureusement que nous sommes là ! Etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque, en Belgique ".
Tintin au Congo n’en reste pas moins un extraordinaire livres d’images et des représentations occidentales fantasmés sur l’Afrique et aujourd’hui, au Congo, un " Tintin " est un terme générique pour désigner une bande-dessinée…. C’est beau l’intelligence, non ?
La dernière vignette est absente de la version de 1946, remplacée dans la version actuelle par une séance de mathématiques...




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