poilu_74_RIL'Internet a ses mystères qu'il faut parfois découvrir. On navigue dans une direction et on trouve, non l'Amérique, mais pas loin. Ainsi, au détour d'une recherche sur mon temps perdu, je tombe nez à nez devant des morceaux de choix de notre Histoire.

Il y a de ces gens qu'il faut encourager car leur travail, servi par une passion réelle pour le sujet, est absolument remarquable. Ce qui me rassure, c'est que je ne suis pas le premier à l'avoir remarqué. Le farfelu Didier de Communes76 l'avait déjà démasqué.

De Chartres, Stéphan, illustrateur de métier, se passionne pour la Première Guerre Mondiale, et plus particulièrement et surtout...le 74e Régiment d'Infanterie de Rouen. Créé en 1840 et composé des casernes Pélissier de Rouen, celles de Gaillon et d'Elbeuf, le régiment participe à la grande contre-offensive de la Marne pour stopper l'avancée allemande (1914), aux offensives en Artois en 1915, à la boucherie de Verdun (1916) et finit par s'illustrer dans la bataille des Flandres en 1918.

Voici l'ambiance à Rouen après la déclaration de guerre, telle qu'elle est décrite dans un opuscule consacré au 74e RI :

C’est donc la guerre ? Oui, la guerre ; l’heure a enfin sonné de notre revanche !

L’enthousiasme est général. Seules les mères, les fiancées, craignent pour les êtres chers. Les vieux, ceux qui ont combattu autrefois, bénissent cette heure, attendue depuis longtemps. Plus d’un pleure, dans sa barbe grise, et envie le sort de ce fils qui risque sa vie cependant.

Mais bah ! Ce ne sera pas long : un mois… deux tout au plus ! Vous allez voir comme nos petits soldats vont avoir raison des prussiens : ne sont-ils pas les descendants des vieux grognards de l’Empire ?

Le 2 et le 3 août on se prépare. La caserne Pélissier est pleine de gens qui vont en tout sens. Les réservistes, à peine arrivés, sont arrivés, sont habillés équipés et affectés.

Le 4, le 1er bataillon quitte la caserne pour embarquer le soir même. Le défilé dans la ville de Rouen est un triomphe, on acclame, on jette des fleurs. Partout les cris de : " A Berlin ! A Berlin ! " se font entendre. Les derniers adieux s’échangent. Le train part ; on voit s’agiter des mains, des écharpes, des mouchoirs. Peut être si on était plus près on verrait couler aussi des larmes ; mais il faut avoir du courage, on pleure en silence.

A une journée d’intervalle, les trois bataillons partent aussi fêtés, aussi acclamés : "  A Berlin ! A Berlin !"

Au bout du compte, le 74e régiment a perdu pendant la Première Guerre 3565 militaires identifiés. Près du fort de Douaumont à Verdun est érigé un momument en l'honneur d'un des bataillons du 74e régiment :

"Le 3e bataillon du 74e R.I. a atteint cette position le 22 mai 1916 et s'y est maintenu pendant 25 heures perdant 72,2% de son effectif. Honneur à nos camarades "

Toute la subtilité est dans le 0.2 %...

Si vous voulez en savoir davantage, je vous renvoie aux différents blogs de Stéphan ( Le canard du boyau, Le 74e Régiment d'infanterie durant la Grande Guerre, 11 novembre 1918 )

Pour quelqu'un qui sur son blog ne se définit pas comme historien, on peut dire sans trop de mal que l'auteur maîtrise son sujet et aborde avec grande rigueur le souvenir de ces hommes qui se sont battus et souvent sont morts pour ce régiment. Faire revivre l'état d'esprit de l'époque est chose facile pour ce passionné. La mise en page est subtilement soignée. Les documents d'époque sont très abondants, comme le sont les témoignages des glorieux participants. Le tout fait honneur à la mémoire et à l'histoire de Rouen. Inutile de dire que j'en conseille la lecture.

Rouen_caserne_pelissier

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C'est la tendance de la rentrée.
Ce blog fera une plus grande place à l'Histoire dès qu'il le pourra.