Oui, c'est vrai : sortir de ma retraite pour revenir sur les propos de Véronique Genest, c'est vraiment lamentable. Sans compter que mon dernier article était sur les pavés roses oubliés de tous, depuis longtemps enlevés, reposant on ne sait où. Tout cela pour dire l'étendue de mes engagements. C'est d'un navrant. Mais le temps est bien à cette descente aux enfers.

Hier soir, ou matin, vu l'horaire on ne sait plus très bien, était invitée Véronique Genest sur le plateau de l'animateur Laurent Ruquier. L'émission est assez mauvaise, s'essouffant volontiers un peu plus au fil des années et souffrant surtout de l'absence de vrais contradicteurs, même si Natacha Polony est assez convaincante mais le roquet de gauche est un peu trop caricatural et le "format" de l'émission a vécu. Les procureurs de la télévision ne sont plus ce qu'ils étaient.

Néant qui illustre aussi un peu ce qui passe à Rouen - ou plutôt de ce qui ne se passe pas à Rouen. Rouen accueillera l'armada. Pour changer. Les bateaux, encore les bateaux. Ce sera peut être la dernière édition. Eh bien, tant mieux. Faire croire à tout le monde que Rouen vit tous les quatre ans, personne n'y croit. Rouen est morte.

Rouen n'a plus d'envie de grande ville de province mais aime avoir des considérations de gros bourg. Pour s'occuper, ici à Rouen, on préfère se réfugier dans le fait divers.

Rouen morte aime les morts.

Jean Lecanuet s'est fait honorer, gerber (nouveau mot), dans une quasi indifférence (pratiquement rien dans le journal municipal) sauf quelques politiques nostalgiques et autres névrosés du centrisme. Pour les vingt ans de sa disparition, il fallait en profiter pour revoir ses interventions à la télévision. Dans l'une d'elle, avant 1974, Jean Lecanuet, qui portait et parlait bien, critiquait Valéry Giscard d'Estaing sur son goût de la mise en scène de sa vie personnelle. Genre, cette politique, ce n'est pas la mienne. Peu après, Jean Lecanuet deviendra Garde des Sceaux. C'est beau les convictions en politique. Je recommande aussi son interview dans une voiture dans les rues de Rouen. Belle illustration de cette époque de la bagnole reine qui défigura durablement notre ville. Aujourd'hui, encore, il suffit d'un pont en moins, défoncé par des milliers de litres d'essence, pour que Rouen se défigure et morfle.

Le second mort a son mausolée improvisé au coin de la rue du Gros Horloge et de la rue du Bec. On se souvient de cet homme avec un casque sur la tête, et surtout un gros chien, un lapin, un pigeon peut être. On pensait qu'il faisait partie du décor. Un vagabond sédentaire. Et puis, quand la décoration est partie, beaucoup ont été émus. Je ne sais pas si ce n'est pas davange les animaux qui sont regrettés. Bref, on a marché pour lui. La ferveur fut plus importante que pour l'anniversaire de la mort de Jean Lecanuet. S'il avait su, Jeannot aurait moins investi dans ses brosses à dents et aurait acheté un labrador, un lapinou et peut être qu'en 1965, il aurait été élu. Faire la manche pendant des dizaines d'années est plus populaire qu'être maire de Rouen. Yvon Robert sait maintenant ce qu'il doit faire pour être aimé durablement et rester à la mairie (en plus, de faire tomber Valérie Fourneyron dans les escaliers).

Politique fiction, version 30 millions d'amis.

Le troisième mort a eu son visage absolument partout dans la ville. C'est un peu comme les histoires d'enfants disparus du domicile. On communique beaucoup sur la disparition, on fait des battues. Par contre, la piscine qui se trouve dans le quartier, personne n'y pense. Ici, la piscine, c'était la Seine.

Mortelle noyade, comme l'a titrée Paris Normandie.

Non mais il fait bon vivre à Rouen. Quand il ne fait pas un gris mortel et que la pluie cesse, le ciel se pare d'un beau bleu azur mais là, ce sont les pics de pollution qui se pointent. Faut savoir ce qu'on veut.

Entre l'odeur infecte de mercaptan qui nous a un peu tous contaminé les narines, Rouen, qui se veut un "R de capitale, a décidément juste un drôle d'air de capitale.

Tout cela nous éloigne de Véronique Genest. La comédienne se lance en politique. Hier soir, ce fut son grand plongeon. Elle a fait "splash" (émission pourtant diffusée sur TF1).

Faut dire que venir se présenter en suppléante d'un candidat alors qu'on connaît assez mal son programme, c'est gênant. Le point Godwin a été très vite atteint quand Véronique Genest, après s'être empêtrée dans le sempiternel et insoluble conflit israélo-palestinien, a parlé de Mein Kampf, comme étant le livre le plus vendu dans le monde musulman, selon elle.

On imagine que les journalistes qui ne s'occupent pas que de faits divers et rémunérés comme tels, enquêteront sur le sujet.

Donc, prenez Israël, les Palestiniens, rajoutez Mein Kampf, mélangez avec une islamophobie mal formulée et voilà, boum, ça explose.

On ne sait pas comment mais hier, étrangement, nous avons évité le déclenchement de la Troisième Guerre Mondiale.

A Rouen, reposons-nous donc en paix.