Le blog de Monsieur Julien (de Rouen)

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lundi 2 juillet 2007

Carnets ouverts 3/

Au fil de la Seine

Je m'arrête sur ce banc apparemment quelconque. J'ai appris très tôt qu'il était en fait un billet pour le voyage.

Au milieu de l'obscurité, du bord de cette eau qui s'endort aux reflets d'un bleu inoui, je pense comme rarement. L'ivresse de la pensée fait effet en toute sobriété. Je me laisse aller. J'ai tant de choses dans tête. Si les autres savaient....

Dans cette ville que j'aime par dessus tout, avec ses souffrances et ses plaies refermées, j'ai le coeur bien serré aussi. Mais mon destin est là à l'évidence. Sans doute flotte t'il comme les bateaux longs qui sont devant mes yeux. Il suffirait d'une volonté pour les voir partir. Qu'attendent-il si ce n'est le jour qui arrivera de l'autre côté....

Ce soir, tout est magnifique, même le plus insensé des bâtiments rénovés ou en voie de l'être. Je plane en regardant parmi les nuages éclairés ce soleil qui bientôt illuminera New-York.

Dans un port, fut-il Rouen, on a envie de partir, de rêver. Larguer les amarres. Comme c'est étrange, je n'entends aucun bruit. Tout n'est que plénituide dans ce paysage que je savais pourtant d'une quotidienneté sans surprise.

Mon Dieu, que la vie est si douce ! Ce soir, j'ai envie de reprendre goût à la vie. Il y avait sans doute des gens qui m'avaient aimé ici et là. Je les aimais à mon tour énormément. Le ciel, l'eau, ce silence, tout me semblait immense.

nicolas_coustou_la_seine_et_la_marne

Texte non définitif et susceptible d'être modifié. Le narrateur n'est  pas l'auteur.

Marbre : Nicolas Coustou, la Seine et la Marne, musée du Louvre.


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dimanche 1 juillet 2007

Carnets ouverts 2/

L'ami proche

Il fallait bien l'écouter. L'orage passerait. C'est sûr. Juste une question de temps. Tenir le coup. Fixer le regard ailleurs. Il finirait bien par s'arrêter. Le grand ami ne s'était pas mu en conseilleur avisé et équilibré mais bel et bien en juge intangible. Je n'étais plus son ami. Il était celui qui me disait la vérité. Celle que je devais entendre imperturpablement.

Alors je l'écoutais. Forcément, je tenais le coup. On en a vu d'autres. Mes nerfs supporteraient bien cet assaut amical. C'était pour mon bien. Et si je pleurais, cela m'aurait fait du bien. Je pleure si peu. Je serais finalement un homme normal.
Oui, j'ai envie de sangloter. Les larmes montent. Il est si injuste. Comment pouvait-on se tromper autant sur moi.
J'avais cru que ce qu'il y avait en moi ne faisait plus de doute. J'avais présagé trop rapidement de cette connaissance intime.

A l'évidence, il ne comprenait rien. Vraiment rien. J'ai toujours eu envie d'envoyer tout balader. D'un revers de phrase assassine ou blessante. Le chaos. Là où on ne pouvait plus revenir en arrière.

Il devait y avoir un mort. L'ami ne serait plus.

Après tout, perdre une jambe m'aurait été plus dur. Un ami se remplace. Pas une jambe. Les blessures physiques sont ennuyantes. Les cicatrices morales, on peut les cacher.

Je lui dis tout à mon tour.

Il baisse la tête après avoir encaissé. J'ai frappé fort. J'aurai eu beau m'excuser. Rien n'y aurait fait. Et puis, je n'y tenais pas. Il était à terre. Et c'est tant mieux. Avait-il eu de la compassion, lui ?

J'ai été monstrueux. Il prendrait bien conscience. Il m'excuserait.

Non, le pire dans cette histoire, je vous le dis, est bien que cet ami n'existe pas.

Combat_de_Minerve_contre_Mars_


Texte non définitif et susceptible d'être modifié. Le narrateur n'est  pas l'auteur.

Tableau : Jacques-Louis David, Combat de Minerve contre Mars, musée du Louvre.


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samedi 30 juin 2007

Carnets ouverts 1/

livre

J'avais huit ans.

Pendant mon enfance, une image m'avait profondément marqué. Horrifié même. Je pouvais la revoir. Enregistrée à la fin d'un film. Un petit morceau de journal télévisé.

Ils étaient deux. Dans la neige, que j'ai su de décembre plus tard. Debout comme des misérables alors qu'ils furent tout avant. Certes des didacteurs. Mais des hommes après tout. On n'abat certainement les porcs avec plus d'humanité, et pour sûr sans caméra. Amenés là pour se venger. Leur temps était fini. Il fallait se débarrasser d'eux. Physiquement les voir tomber. Le soulagement de les savoir mourir. Voilà la motivation des bourreaux. Que nous étions tous.

Et ils tombèrent enfin.

Finalement, la vie, c'est pas grand chose. Elle est très courte. Certains vous la font réduire, par leur talent ou par la mort qu'ils vous donnent. A quoi bon vivre si c'est pour vivre comme des petits. De leur naissance à leur mort, tout y est dérisoire et inutile. Au moins, les dictateurs, on en parlera encore.

A quoi bon encore faire semblant. Je n'ai plus envie de me battre. Je veux en finir. Pas de coup de feu. Pas de crimes artificiels. Non, je me souhaite une maladie qui me ronge et qui me fasse partir vite. Un dernier soupir vite expédié et je rejoins ce que l'on veut. Moi aussi, je veux tomber. Rendre les armes. Mais la vie est si injuste qu'elle ne m'autorisera pas de partir à la hussarde. Il faudra rester et résister. Relever la tête. En tout cas, essayer.

Texte non définitif et susceptible d'être modifié. Le narrateur n'est  pas l'auteur.


Mise en garde : Monsieur Julien s'essaye à la littérature. Ce n'est pas donc pas pour de vrai ! Aucune envie d'arrêter tout ça. J'écris pour mon plaisir. Et aussi parce que ça fait du bien !
C'est un premier jet, comme qui dirait....

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