rollon (2)La statue de Rollon, premier Duc de Normandie, a une nouvelle fois été mutilée.

Ce qui pour un héritier des Vandales est finalement un bel hommage. Cela montre que ceux qui ont commis ces actes répréhensibles aujourd'hui, savaient que ça ferait plaisir à Rollon de savoir que son message universel de pilleur continue.

Rollon est-il un exemple à suivre ?

Tout d'abord, Rollon (ou Hrolfr) est ce qu'on pourrait appeler un étranger : sans aucune autorisation préalable, le colosse Rollon (deux mètres et plus de cent quarante kilos, paraît-il) est venu de Norvège, avec une bande de copains à lui, des blonds costauds, et des roux pas commodes, des Danois et autres Norvégiens, décidés à "faire le Viking", expression scandinave qui sous-entend, commettre le pire : destruction, incendie, pillage...mais aussi le moins pire : le commerce. Dans son pays d'origine, Rollon était une vraie crapule, c'est d'ailleurs pour cela qu'on lui a demandé de partir.

A cette époque, cela se passe comme ça : on arrive avec des bateaux à tête de dragon, on pille et on négocie après. Dans son élan victorieux, remontant la Seine, Rollon tente d'aller jusqu'à Paris mais c'est à Chartres qu'il est arrêté dans son "raid movie".

Charles III, injustement qualifié de simple, roi de pas encore tout à fait la France et de surtout pas la Navarre, décide de négocier. Ce sera le Traité de Saint-Clair-sur-Epte, conclu en 911. L'habile Charles lui offre un territoire équivalent à ce que l'on nomme maintenant la Haute-Normandie. En retour, Rollon doit sécuriser les lieux, se faire baptiser et prêter hommage au Roi. Voilà Rollon désormais bien intégré en France. D'ailleurs, maintenant, pour tous, ce sera Robert.

Mais quand on a le crime dans la peau, c'est pour la vie. Cette anecdote trouvée dans l'encyclopédie wikipédienne en est un exemple.  

"Donc, en 922, deux chevaliers sont envoyés par Charles le Simple afin de s’assurer de la sécurité de sa fille Gisèle, qu'il avait promise comme épouse au jarl de Normands. Ces deux chevaliers ne sont pas présentés à Rollon, et circulent sans autorisation dans le comté. Lorsque celui-ci apprend leur existence, il les fait capturer, et les amène sur la Place du Vieux-Marché de Rouen pour les décapiter aux yeux de tous".

Celui qu'on n'appellera jamais Bob préféra Poppa (pas Middleton, mais de Bayeux). Et à la mort de Charles, Robert ne put s'empêcher de faire un dernier raid en Picardie. On ne se refait pas.  

Sur le tombeau de Rollon, conservé à la cathédrale de Rouen, sa capitale, est inscrit en latin ceci :

Au sein de ce temple, repose Rollon, père et premier duc de la Normandie, dévastée et fondée par lui. A bout de force de ce labeur, il succomba en 933, âgé de plus de 80 ans.

Dévastée et fondée par lui.... Beau résumé.

Souvenirs, souvenirs.

A Rouen, dans le jardin de l'Hôtel de Ville, depuis 1865, trône une fière statue de Rollon. Longtemps, le pauvre Normand, fort moussu, était amputé d'un membre. Puis, après une campagne de restauration, il revint un jour tout de blanc javellisé et un bras énorme (surdimensionné même) dont l'index montrait le sol. D'habitude, les grands hommes montrent le ciel, l'avenir. Lui, montrait la terre qu'il avait conquise. Et de quelle manière.... Mais, après tout, la vie de Rollon a montré qu'il était assez terre à terre.

Parmi toutes les agressions dont cette statue fut la victime passive, il y a eu cette inscription, plus drôle encore si elle n'avait pas été un tag immonde : "on montre pas du doigt". C'est vrai que montrer du doigt, ce n'est pas bien. Mais depuis le début, l'éducation de Rollon était à refaire.

En attendant, sur la place de l'Hôtel de Ville, Napoléon, tel un patapouf, placé ici à la même date que Rollon, est toujours sur son cheval, dégoulinant de vert de gris.... Tristes vies pour les statues.

A lire :

 L'histoire de la statue de Rollon dans le Jardin de l'Hôtel de Ville