Politicobs - Le blog de Monsieur Julien - Rouen

Pierre Bénichou en vacances (publié ici le 06/08/09 - en hommage)

pierre_benichou

En vacances, surtout après un mois, on finit toujours par s'emmerder un peu. Heureusement, il y a les podcasts de l'émission "On va s'gêner" dont je suis un aficionado depuis dix ans déjà....

Ce qui est bien, c'est qu'on peut les écouter quand on veut et partout. Je dois même dire qu'il m'arrive de me repasser les émissions que j'ai écoutées, pourtant la veille. C'est dire à quel point je suis accroc.

Autrefois quand Internet n'existait pas, au siècle dernier donc, j'enregistrai sur des cassettes. La fée Internet est passée par là et c'est tant mieux car les horaires 16h-18h ne sont pas tout à fait les miens. Aujourd'hui, je ne loupe rien.

Il y a dix ans donc, j'écoute en direct la première d'un inconnu pour moi : Pierre Bénichou. Cette écoute va révolutionner mes après-midis puisque tel un drogué, j'ai besoin de ma petite dose de Pierre Bénichou. 

Quel dommage de ne pas l'avoir connu plus tôt ce Pierro. Oui, car plus jeune à cette fameuse question - qu'est-ce que tu veux faire plus tard? -, j'aurais répondu : moi, plus tard, je voudrais devenir Pierre Bénichou. Pierre Bénichou sait tout ou en tout cas occupe l'espace sonore en faisant croire qu'il sait tout. Il est du genre à avoir un avis sur tout et rien. Une histoire drôle, une chanson, un poème...il rebondit avec jeunesse d'esprit et truculence sur tout ce qui bouge. Il est aussi un dragueur invétéré, un tripoteur radiophonique, amateur des femmes plantureuses ou un peu sévères (la liste est longue : de Christine Lagarde à Michèle Alliot-Marie en passant par Laurence Boccolini ou Caroline Diament...) et ça aussi c'est drôle.

Et il faut bien le dire, ça part toujours un peu dans tous les sens et c'est pour cela qu'on l'aime notre pierro, notre monument national et public de l'humour. Il est aujourd'hui plus drôle que n'importe quel autre humoriste. Le pire est que ça n'est pas son métier : c'est peut être pour cela qu'il est plus naturel et donc moins sinistre. Le comique de situation et non préparée m'a toujours fait beaucoup rire. 

Pierre Bénichou est donc ce petit garçon d'Oran qui sait nous raconter l'histoire de France de ces dernières années de son oeil de journaliste et d'homme de culture. Cette culture que j'aime, qui n'en fait pas trop, qui est là pour nous alléger et nous donner beaucoup de bonheur. Un véritable humaniste en somme. Ou une somme en humanisme, comme vous voudrez.    

Ces points de vue sur le monde qui nous entoure et vers lequel nous allons sont toujours distillés avec beaucoup de mauvaise foi et derrière les saillies, avec un peu de vérité. 

Et rendons à César ce qui appartient à Pierre Bénichou, il m'a fait aimer la chanson française plus que de raison, donné le goût des poésies classiques, des films en noir et blanc, des petites histoires de la politique... C'est dire s'il est aujourd'hui quelqu'un qui compte pour moi. Il est une sorte de maître qui vous inspire, qui vous suit et qui vous donne quelque chose dont on n'arrive pas à connaître le sens immédiat et qui est pourtant si précieux. Il y a des Hommes, des parcours ("Quel parcours! comme dirait Michel", repris par Pierre...) comme ça qui donnent des clefs.

Ce qui me rassure, c'est de ne pas être le seul à aimer notre Pierro. Il y a un vrai fan club qui se mobilise à noter ses petites phrases. Sorties de leurs contextes, elles perdent un peu de leur substance mais bon, c'est un peu nos évangiles selon Pierro puisque les traces du maître sont rares.

Vivement qu'il nous écrive un livre notre Pierre sur ses souvenirs de Saint-Germain, des soirées parisiennes, du petit monde artistique et politique qu'il a croisé, chez Castel, à la Closerie et ailleurs.... Le fera-t-il un jour? Je n'ai pas l'impression. C'est dommage, il serait un bon témoin. Inutile de dire que je serai le premier à me ruer dessus.

Ce n'est pas très beau d'être admiratif. On est toujours un peu bêta. Les bons sentiments ne payent plus.

*****

Pour le reste de vacances, je vous livre une interview parue dans le journal Sud Ouest où Pierre Bénichou raconte ses vacances sur l'île de Ré car tout bon auditeur de l'émission d'Europe 1 sait que "Pedro" a une maison sur l'île où il rencontrait ou même continue à voir le tennisman Lionel Jospin, définitivement sorti du cours. 


pierre_benichouSi beaucoup ne voient plus aujourd'hui en lui qu'un rigolo au service de Ruquier ou Drucker (1), rappelons tout de même que Pierre Bénichou fut surtout le patron du Nouvel Observateur - dont il conserve toujours le titre de conseiller de direction - mais aussi le compagnon de route et de noctambulations du tout Saint-Germain-des-Prés littéraire et canaille. Mais, à 71 ans, le chroniqueur semble désormais essentiellement se régaler à jouer les vieux réacs de compétition, avec une justesse telle que l'on se dit parfois qu'elle ne peut pas être tout à fait feinte. Fort en gueule, capable d'un long monologue sur le dernier modèle de chez Renault autant que de déclamer ex abrupto quelques vers d'Éluard, Bénichou est sans doute l'un des derniers amuseurs osant assumer un humour dont le degré dépasse souvent celui d'une vodka polonaise de contrebande.

« Sud Ouest ».

Vous jouez à longueur d'année les urbains intégristes, comment faites-vous pour renoncer à Paris le temps d'un bol d'air loin de la civilisation ?

Pierre Bénichou.

À la campagne, la journée on se fait chier, et la nuit on a le trac. Je suis un urbain, sinon intégriste, du moins pratiquant. C'est vrai que la nature m'emmerde un peu, surtout le côté écolo à la mode... La réintroduction de l'ours, des loups, tout ça c'est grotesque, alors que pendant des siècles l'homme s'est battu pour vaincre les désastres et les maladies. La campagne, je ne suis pas contre, c'est comme le sport, il faut pratiquer, mais un peu. Sauf que cet été je passe un mois à Loix, d'habitude c'est huit jours maximum.

Personne ne vous assigne pourtant à résidence sur l'île de Ré...

J'aime cette île pour toutes les raisons qui sont contraires aux clichés que certains véhiculent. Ah la vie nocturne, les fêtes de people comme à Ibiza... mais non, c'est Hiroshima ! Surtout à Loix, cette langue de terre isolée au bout des marais salants. À 3 heures de l'après-midi, il n'y a pas âme qui vive dans la rue. Ici on a toujours un peu l'impression d'attendre que les gens arrivent.

Pied-noir, amoureux de Marseille, pourquoi alors ne pas plutôt avoir investi à Saint-Paul de Vence ?

C'est sûr qu'il y a des jours ou je préférerais avoir une petite maison dans le sud. Mais ça a quand même beaucoup de charme par ici, les couchers de soleil sur le marais par exemple. Et puis Saint-Martin, le port de la Flotte, mon village préféré. Ars, aussi, avec son petit côté Jospin-bobo caricatural. En revanche, ne me parlez pas des Portes-en-Ré, ce Saint-Tropez avec son genre faux chic 16e arrondissement, c'est insupportable. Loix, à l'inverse, c'est un peu Bandol, tellement plus ravissant.

Comme vos compatriotes parisiens, on vous imaginait ici à l'ombre d'une vaste demeure, égaré entre la piscine, le jacuzzi et le court de tennis...

Et vous découvrez une petite maison ouvrière avec un jardin de curé. J'ai dû l'acheter 400 000 francs à l'époque, je n'étais que directeur délégué de l'Obs ! Hier, j'ai tout gâché en achetant deux transats bleus... mais finalement ça donne un petit côté vulgaire que j'aime bien, à l'opposé du chic-désuet de Ré qui me gonfle. 70 euros chez Super U, alors qu'une commerçante de La Couarde a essayé de m'en vendre un à 675 euros en solde !

On connaît votre biotope, mais pas franchement votre mode de vie estival.

Vous reproduisez votre schéma de noctambule parisien ?

Non, les gens sont de plus en plus ennuyeux, et, ici, il y a des flics partout sur les routes, impossible d'aller boire un verre. D'ailleurs je suis devenu un partisan de la répression absolue de la vitesse et de l'alcool au volant. Sur Ré, c'est donc plutôt famille, chaînes infos, lecture et sudoku.

Ce jeu me rend fou, je n'arrive jamais à dépasser le premier niveau. Je joue au poker également, deux fois par semaine avec des gars du coin. Mais c'est plutôt version 7 familles que Macao l'enfer du jeu.

Quand il fait très beau, il m'arrive d'aller à la plage. Je ne suis pas un fou de l'effort physique, mais pas non plus de ces intellectuels qui détestent les jeux du corps. L'apéro à la terrasse de La Route du Sel, à Loix, et quelques restaurants enfin, comme La Bicyclette, que je viens de découvrir au Bois-Plage.

Avec plus ou moins de dérision, vous affirmez régulièrement votre haine des cyclistes, qui ne feraient rien qu'à embêter les automobilistes.

Vos trajets rétais doivent être un calvaire ?

Je les déteste d'abord par bonté d'âme : j'ai peur de les écraser. Surtout à Paris où les jeunes prennent des risques inconsidérés. Je me suis d'ailleurs fâché avec mon ami Delanoë à cause des Vélib. Sur Ré ils sont encore plus nombreux, mais je les tolère. Cette île est aussi plate que Djerba, il faut bien que ça serve à quelque chose.

Le péage du pont de Ré ne doit pas spécialement plomber votre budget, mais comprenez-vous que certains redoutent sa suppression ?

Pas du tout. Une fois remboursé, il doit devenir gratuit, même s'il y en a qui craignent d'être envahi par les pauvres.... tout cela pour que trois Parisiens puissent se pâmer d'être en villégiature dans un endroit préservé.

Votre réputation de dandy n'est plus à faire, mais pourquoi ne pas profiter des vacances pour céder à l'appel du short et des tongs ?

On dit que je suis élégant parce que mes chemises sont taillées sur mesure... sauf que je n'ai pas le choix avec mes grands bras de singes. Aujourd'hui, regardez, je me contente d'un pantalon de chez Gap et d'une chemise en lin Monoprix. Ceci dit, ce n'est pas parce c'est l'été que l'on doit forcément s'habiller comme Georges Marchais en vacances !

Vous, l'intellectuel proche de Mitterrand, le fils spirituel de Jean Daniel, le camarade de Belmondo, Delon ou Cassel, êtes désormais la proie d'un grand public fan du Bénichou rigolard.

Et l'on se dit que votre très forte amitié avec Coluche aurait pu vous conduire à une belle carrière de comique...

C'est vrai que l'on me saute dessus de plus en plus souvent, et j'aime bien. Mais l'on m'appelle encore aussi parfois Elkabbach, ou Monsieur Bénamou. Pour le reste, en effet, j'ai mis le nez rouge, j'assume. J'étais le rigolo chez les intellectuels, et je suis désormais l'intellectuel chez les rigolos.

(1) - Il officie sur Europe 1 et Direct 8

Source : Sud Ouest - Interview Sylvain Cottin

dimanche 22 novembre 2015

Napoléon en mer d'Alain Frerejean

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Si vous voulez embarquer avec Napoléon Bonaparte et l'écouter discuter, ce livre est pour vous. Quoi de mieux qu'un trajet en bateau pour avoir du temps à soi, lire, réfléchir, parler de choses et d'autres. C'est bien connu, Napoléon ne perd pas de temps. Chaque moment est propice, utile à l'esprit.

 La marine n'est pas synonyme de succès militaire pour le grand homme. Napoléon s'est montré un génie sur terre. Sur mer, les déconvenues ont été suffisament nombreuses pour laisser aux Anglais le plaisir de s'illustrer lors des combats navals.

 On sait cependant que Napoléon a une fascination pour la marine.

 «  Des mers, dont nous ne sommes pas maîtres, nous séparent de la patrie, mais aucune ne nous séparent de la patrie, mais aucune ne nous sépare de l'Afrique ni de l'Asie »,

C'est sur mer que Napoléon semble lancer ses plans de domination terrestre.

 Dans les premières pages, on apprend que Napoléon aurait pu ne pas entrer dans l'Histoire et ne rester que simple élève de l'Ecole militaire de Paris. Avouez, le XIXe siècle aurait été bien différent...

 En 1784, Bonaparte est candidat pour accompagner La Pérouse dans son expédition autour du monde qui enthousiasmait tant de gens, jusqu'à Louis XVI. Ses dispositions mathématiques jouent en sa faveur mais sa bellicosité l'écarte.

 En 1788, la disparition de l'équipée scientifique est un drame. Ce rendez-vous manqué avec l'aventure et la mort force Napoléon à abandonner la marine pour l'artillerie, véritable formation du futur général.

 La seconde partie du livre est marquée par l'exil, donc la fin, les confidences sur les instants de gloire et les échecs.

 Cette vie de Napoléon en mer racontée avec l'expertise d'Alain Frerejean est une belle aventure qui se lit comme un roman.

 On ne s'ennuie pas dans ce livre. Le rythme est enlevé et les dialogues vivants.

 « Grâce à Alain Frerejean, écoutons Napoléon ». Ainsi écrit Jean Tulard dans sa préface à l'ouvrage. Rien à ajouter. Embarquement immédiat.

 Et puis, merci aux Edtions La Bisquine pour ce livre !

Sur le site de l'Armitière : Napoléon en mer d'Alain Frerejean

Sur le site de la Fnac : Napoléon en mer d'Alain Frerejean

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dimanche 30 novembre 2014

François, Jean-Pierre et les autres

françois-fillon-jean-pierre-jouyet

Il y a une semaine, Rachida Dati était l'invité de Laurent Ruquier dans son émission amusante et longue du samedi soir On n'est pas couché. Bien sûr, on a parlé de l'affaire Jouyet-Fillon qui monopolise le débat politique actuel pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Chacun décidera. On peut juste constater que quand on parle de ces affaires politiciennes, on ne parle pas d'autre chose. On connaît les gagnants de ces écharpages gauche-droite. On finit par dire que tous ces gens se ressemblent, qu'ils sont tous pareils.... La suite est connue.

Donc, Jean-Pierre Jouyet a confié à des journalistes, qu'au cours d'un déjeuner, François Fillon lui avait demandé d'intensifier les attaques judiciaires contre l'ancien président Nicolas Sarkozy, bref, dans le texte rapporté, d'«aller vite pour lui casser les pattes avant».

L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy est-il, pour rester correct, déloyal ? Rachida Dati a répondu à demi-mot, en évoquant ses déboires dans la conquête de la mairie du VIIe arrondissement, et par voie de conséquence de la non moins prisée mairie de Paris. Pour discréditer l'ancien Garde des Sceaux, la campagne municipale a été lamentable. Selon elle, François Fillon n'a pas joué collectif, comme on dit.

En ajoutant à cela sa lutte à mort pour la présidence de l'UMP, on ne peut pas dire que François Fillon se soit illustré dans les succès. Pire, il y a désormais du sang partout sur les murs.

Jean-Pierre Jouyet, actuel Secrétaire général de l'Elysée, ancien ministre du gouvernement Fillon, figure emblématique de la décriée UMPS, est dans les journaux qualifié de "gaffeur". En effet, quel intérêt aurait-il eu à travestir la réalité des propos échangés ? A droite, on prend la défense molle de François Fillon. Qui y croit ?

Dans ses Etudes d'histoire religieuse, Ernest Renan écrivait :

Le besoin de croire à quelque chose d'extraordinaire est inné dans l'homme.

Alors, vivement le prochain déjeuner enregistré !

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jeudi 9 mai 2013

La statue de Rollon ou "On montre pas du doigt".

rollon (2)La statue de Rollon, premier Duc de Normandie, a une nouvelle fois été mutilée.

Ce qui pour un héritier des Vandales est finalement un bel hommage. Cela montre que ceux qui ont commis ces actes répréhensibles aujourd'hui, savaient que ça ferait plaisir à Rollon de savoir que son message universel de pilleur continue.

Rollon est-il un exemple à suivre ?

Tout d'abord, Rollon (ou Hrolfr) est ce qu'on pourrait appeler un étranger : sans aucune autorisation préalable, le colosse Rollon (deux mètres et plus de cent quarante kilos, paraît-il) est venu de Norvège, avec une bande de copains à lui, des blonds costauds, et des roux pas commodes, des Danois et autres Norvégiens, décidés à "faire le Viking", expression scandinave qui sous-entend, commettre le pire : destruction, incendie, pillage...mais aussi le moins pire : le commerce. Dans son pays d'origine, Rollon était une vraie crapule, c'est d'ailleurs pour cela qu'on lui a demandé de partir.

A cette époque, cela se passe comme ça : on arrive avec des bateaux à tête de dragon, on pille et on négocie après. Dans son élan victorieux, remontant la Seine, Rollon tente d'aller jusqu'à Paris mais c'est à Chartres qu'il est arrêté dans son "raid movie".

Charles III, injustement qualifié de simple, roi de pas encore tout à fait la France et de surtout pas la Navarre, décide de négocier. Ce sera le Traité de Saint-Clair-sur-Epte, conclu en 911. L'habile Charles lui offre un territoire équivalent à ce que l'on nomme maintenant la Haute-Normandie. En retour, Rollon doit sécuriser les lieux, se faire baptiser et prêter hommage au Roi. Voilà Rollon désormais bien intégré en France. D'ailleurs, maintenant, pour tous, ce sera Robert.

Mais quand on a le crime dans la peau, c'est pour la vie. Cette anecdote trouvée dans l'encyclopédie wikipédienne en est un exemple.  

"Donc, en 922, deux chevaliers sont envoyés par Charles le Simple afin de s’assurer de la sécurité de sa fille Gisèle, qu'il avait promise comme épouse au jarl de Normands. Ces deux chevaliers ne sont pas présentés à Rollon, et circulent sans autorisation dans le comté. Lorsque celui-ci apprend leur existence, il les fait capturer, et les amène sur la Place du Vieux-Marché de Rouen pour les décapiter aux yeux de tous".

Celui qu'on n'appellera jamais Bob préféra Poppa (pas Middleton, mais de Bayeux). Et à la mort de Charles, Robert ne put s'empêcher de faire un dernier raid en Picardie. On ne se refait pas.  

Sur le tombeau de Rollon, conservé à la cathédrale de Rouen, sa capitale, est inscrit en latin ceci :

Au sein de ce temple, repose Rollon, père et premier duc de la Normandie, dévastée et fondée par lui. A bout de force de ce labeur, il succomba en 933, âgé de plus de 80 ans.

Dévastée et fondée par lui.... Beau résumé.

Souvenirs, souvenirs.

A Rouen, dans le jardin de l'Hôtel de Ville, depuis 1865, trône une fière statue de Rollon. Longtemps, le pauvre Normand, fort moussu, était amputé d'un membre. Puis, après une campagne de restauration, il revint un jour tout de blanc javellisé et un bras énorme (surdimensionné même) dont l'index montrait le sol. D'habitude, les grands hommes montrent le ciel, l'avenir. Lui, montrait la terre qu'il avait conquise. Et de quelle manière.... Mais, après tout, la vie de Rollon a montré qu'il était assez terre à terre.

Parmi toutes les agressions dont cette statue fut la victime passive, il y a eu cette inscription, plus drôle encore si elle n'avait pas été un tag immonde : "on montre pas du doigt". C'est vrai que montrer du doigt, ce n'est pas bien. Mais depuis le début, l'éducation de Rollon était à refaire.

En attendant, sur la place de l'Hôtel de Ville, Napoléon, tel un patapouf, placé ici à la même date que Rollon, est toujours sur son cheval, dégoulinant de vert de gris.... Tristes vies pour les statues.

A lire :

 L'histoire de la statue de Rollon dans le Jardin de l'Hôtel de Ville

Mise en valeur du Cimetière Monumental de Rouen

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lundi 15 avril 2013

Une crise morale peut en cacher une autre

« Que vous puissiez, comme la loi actuelle vous y autorise, reprendre vos fonctions de député et prétendre ainsi continuer à être notre représentant parlementaire nous révolte. N’est-ce pas assez d’avoir bafoué l’honneur de votre fonction d’élu et trahi ceux qui vous avaient fait confiance ? Nous, électeurs de la 3e circonscription du Lot-et-Garonne exigeons, Monsieur Cahuzac, que vous abandonniez votre mandat ».

Voilà ce que vient de demander un collectif de citoyens de la circonscription dont Jérôme Cahuzac était jusqu'à présent le député. Celui-ci, ne doutant de rien, n'avait pas compris de lui-même que ses propos et ses agissements ne justifiaient plus vraiment sa présence à l'Assemblée nationale. Effarant de croire à sa bonne étoile à ce point. Certains élus doivent se penser "élus", pas simplement des citoyens, mais aussi de... Dieu. Carrément.

Ministre du Budget, responsable de l'administration chargée de traquer les fraudeurs fiscaux, Jérôme Cahuzac était de ces crapules qui exfiltrent leur pognon en douce, via la Suisse, Singapour et autre paradis fiscal discret.... Belle vie pour certains billets ! Ils voyagent, eux. 

Tout en appartenant à un parti qui s'affiche volontiers comme un pourfendeur des riches, qu'un certain François n'aime pas mais qui semblent l'entourer aussi. La gauche caviar » est toujours prête à payer plus d'impôts. On comprend maintenant : ll est vrai que quand l'argent est ailleurs, c'est moins risqué.

Heureusement, on pense qu'après chaque crise, ça ira mieux ensuite.

Anne Sinclair, responsable d'un "pure player", Le Huffington Post, version française, dont l'intérêt échappe souvent, vient de commettre un article ne manquant pas d'air. Le titre : Comment endiguer cette crise morale et politique ?

Juge et partie. Crise morale, déjà bien entamée du temps de l'affaire DSK, non ? Le coup de semonce (je m'interdis de faire un jeu de mots sur semonce...) n'a-t-il pas été donné dans un certain hôtel Sofitel ?

Le discrédit moral qu'on oubliera de mentionner, c'est bien celui d'une presse qui s'attache à vendre plus qu'à faire son véritable travail de journaliste. Et l'enquête du juge Edwy Plenel ne suffira pas à sauver la profession. 

Où est l'indépendance ? Où est la pertinence dans ses affaires commerciales que l'on appelle des "journaux" ?

Pour le magazine L'Express, François Hollande est Monsieur Faible. Charmant titre. Dans un mois, le même magazine dira le contraire. Comme il l'a déjà écrit lors de la guerre du Mali. Pour les journaux, comme pour le reste, c'est la crise. Il faut vendre. Il faut que toute cette paperasse vendue chaque semaine reparte sous les bras. Quitte à prendre les citoyens pour des girouettes.

Les médias vont-ils considérer un jour qu'ils sont plus que des commentateurs mais aussi des responsables de la situation politique.

L'opinion fait tout, l'avis de la presse aussi. On ne sait plus qui se sert de qui. L'opinion, c'est elle qui dirige, maintenant et hier aussi. Il faut être Margaret Thatcher pour foncer dans le tas et imposer ce à quoi l'on croit. Quitte à laisser des hommes sur le carreau. L'extrême-gauche ne pense pas autrement et n'a pas fait autrement quand elle avait le pouvoir. A cette « Mme Cromwell » comme la nommait, dit-on, Élisabeth II, on trouve bien des défauts. Son ultra-libéralisme fait tache en France. Pourtant, la dictature de l'ultra-libéralisme fait moins de victimes que les autres. Pas de travaux forcés, pas de wagons, pas de fumées. L'agonie est moins directe, plus lente. Juste des escadrons de chômeurs et des familles brisées.

Rassurons-nous : François Hollande promet des chocs. Pour le moment, il encaisse les coups. La bagarre morale ne fait que commencer.

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mercredi 20 mars 2013

La réforme des rythmes scolaires vue par Anne Roumanoff

Tu quoque Aubry !

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dimanche 10 mars 2013

Il faut que Genest se passe

Oui, c'est vrai : sortir de ma retraite pour revenir sur les propos de Véronique Genest, c'est vraiment lamentable. Sans compter que mon dernier article était sur les pavés roses oubliés de tous, depuis longtemps enlevés, reposant on ne sait où. Tout cela pour dire l'étendue de mes engagements. C'est d'un navrant. Mais le temps est bien à cette descente aux enfers.

Hier soir, ou matin, vu l'horaire on ne sait plus très bien, était invitée Véronique Genest sur le plateau de l'animateur Laurent Ruquier. L'émission est assez mauvaise, s'essouffant volontiers un peu plus au fil des années et souffrant surtout de l'absence de vrais contradicteurs, même si Natacha Polony est assez convaincante mais le roquet de gauche est un peu trop caricatural et le "format" de l'émission a vécu. Les procureurs de la télévision ne sont plus ce qu'ils étaient.

Néant qui illustre aussi un peu ce qui passe à Rouen - ou plutôt de ce qui ne se passe pas à Rouen. Rouen accueillera l'armada. Pour changer. Les bateaux, encore les bateaux. Ce sera peut être la dernière édition. Eh bien, tant mieux. Faire croire à tout le monde que Rouen vit tous les quatre ans, personne n'y croit. Rouen est morte.

Rouen n'a plus d'envie de grande ville de province mais aime avoir des considérations de gros bourg. Pour s'occuper, ici à Rouen, on préfère se réfugier dans le fait divers.

Rouen morte aime les morts.

Jean Lecanuet s'est fait honorer, gerber (nouveau mot), dans une quasi indifférence (pratiquement rien dans le journal municipal) sauf quelques politiques nostalgiques et autres névrosés du centrisme. Pour les vingt ans de sa disparition, il fallait en profiter pour revoir ses interventions à la télévision. Dans l'une d'elle, avant 1974, Jean Lecanuet, qui portait et parlait bien, critiquait Valéry Giscard d'Estaing sur son goût de la mise en scène de sa vie personnelle. Genre, cette politique, ce n'est pas la mienne. Peu après, Jean Lecanuet deviendra Garde des Sceaux. C'est beau les convictions en politique. Je recommande aussi son interview dans une voiture dans les rues de Rouen. Belle illustration de cette époque de la bagnole reine qui défigura durablement notre ville. Aujourd'hui, encore, il suffit d'un pont en moins, défoncé par des milliers de litres d'essence, pour que Rouen se défigure et morfle.

Le second mort a son mausolée improvisé au coin de la rue du Gros Horloge et de la rue du Bec. On se souvient de cet homme avec un casque sur la tête, et surtout un gros chien, un lapin, un pigeon peut être. On pensait qu'il faisait partie du décor. Un vagabond sédentaire. Et puis, quand la décoration est partie, beaucoup ont été émus. Je ne sais pas si ce n'est pas davange les animaux qui sont regrettés. Bref, on a marché pour lui. La ferveur fut plus importante que pour l'anniversaire de la mort de Jean Lecanuet. S'il avait su, Jeannot aurait moins investi dans ses brosses à dents et aurait acheté un labrador, un lapinou et peut être qu'en 1965, il aurait été élu. Faire la manche pendant des dizaines d'années est plus populaire qu'être maire de Rouen. Yvon Robert sait maintenant ce qu'il doit faire pour être aimé durablement et rester à la mairie (en plus, de faire tomber Valérie Fourneyron dans les escaliers).

Politique fiction, version 30 millions d'amis.

Le troisième mort a eu son visage absolument partout dans la ville. C'est un peu comme les histoires d'enfants disparus du domicile. On communique beaucoup sur la disparition, on fait des battues. Par contre, la piscine qui se trouve dans le quartier, personne n'y pense. Ici, la piscine, c'était la Seine.

Mortelle noyade, comme l'a titrée Paris Normandie.

Non mais il fait bon vivre à Rouen. Quand il ne fait pas un gris mortel et que la pluie cesse, le ciel se pare d'un beau bleu azur mais là, ce sont les pics de pollution qui se pointent. Faut savoir ce qu'on veut.

Entre l'odeur infecte de mercaptan qui nous a un peu tous contaminé les narines, Rouen, qui se veut un "R de capitale, a décidément juste un drôle d'air de capitale.

Tout cela nous éloigne de Véronique Genest. La comédienne se lance en politique. Hier soir, ce fut son grand plongeon. Elle a fait "splash" (émission pourtant diffusée sur TF1).

Faut dire que venir se présenter en suppléante d'un candidat alors qu'on connaît assez mal son programme, c'est gênant. Le point Godwin a été très vite atteint quand Véronique Genest, après s'être empêtrée dans le sempiternel et insoluble conflit israélo-palestinien, a parlé de Mein Kampf, comme étant le livre le plus vendu dans le monde musulman, selon elle.

On imagine que les journalistes qui ne s'occupent pas que de faits divers et rémunérés comme tels, enquêteront sur le sujet.

Donc, prenez Israël, les Palestiniens, rajoutez Mein Kampf, mélangez avec une islamophobie mal formulée et voilà, boum, ça explose.

On ne sait pas comment mais hier, étrangement, nous avons évité le déclenchement de la Troisième Guerre Mondiale.

A Rouen, reposons-nous donc en paix.

 

lundi 30 juillet 2012

Les pavés roses de la rue Jeanne-d'Arc, cause perdue ?

En soit, ce n'est pas une information de grande importance. Elle ne chagrinera que les personnes attentives au patrimoine qui est aussi sous les chaussures. La rue Jeanne-d'Arc va voir disparaître ses petits pavés roses entre la rue Jean-Lecanuet et les boulevards. Voilà une triste nouvelle pour le patrimoine routier de notre ville. Et ce, sans doute, dans l'indifférence générale.

Les vacances sont en effet l'occasion pour la ville de bitumer à outrance : c'est certes toujours un peu cher, ça donne un air neuf pour un temps et ça prouve que Rouen fait peau neuve. Rassurez-vous, d'ici deux ou trois mois, il y aura d'autres travaux qui détruiront la moitié de l'asphalte déjà posé et nous aurons droit à des plaques de goudrons de toutes les couleurs. Quand Rouen veut faire du moche, elle le fait bien en général. Nous avons, en effet, une grande habitude des patchworks routiers. La rue de la République est un bon exemple : quand des pavés s'en vont, rien ne vaut pour les remplacer qu'une belle rasade de bon goudron. C'est vrai que c'est plus écologique et que ça dure.... La rue de la République a été refaite, il ya quelques années, avec un succès très limité : le plateau piétonnier était juste un vaste bazar où les piétons avaient encore plus de chance de finir en descente de lit qu'auparavant.

Mais voilà qu'on prend la même rue et qu'on recommence. Heureusement, à Rouen, on n'a beaucoup d'argent pour refaire des choses affreuses régulièrement (comme le palais des Congrès....). Après de tels gâchis, on comprend mieux les hausses d'impôts locaux.

Bref, c'est bien la peine de vouloir refaire un square Verdrel en suivant les plans comme à l'époque, si on supprime à ses côtés une rue un peu typique, originale, qui fait que la rue Jeanne-d'Arc est un peu moins anonyme que n'importe quelle autre rue.

Pour autant, Rouen ne s'embellit pas et perd son charme par des disparitions pareilles.

Mais que font les défenseurs du petit patrimoine ?


Rouen, la rue Jeanne-d'Arc va perdre ses petits pavés (Tendance Ouest Rouen)  

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vendredi 6 juillet 2012

J'adore ton cul : le retour

Sur le site tout de même fort sérieux de la ville de Rouen, on pouvait voir depuis un bon moment, dans la rubrique "Juke Box", comme titre numéro 1, indétrônable : "J'adore ton cul".

Donc, tous ceux qui sont venus se connecter sur la ville de Rouen avaient la possibilité d'écouter ce morceau poétique, un poil (?) racoleur (?), chanson aussi épuisante que la danse de Rabbi Jacob.

La ville de Rouen n'y est pour rien, bien évidemment. Tout est de la faute des rouennais qui ont voté pour ce titre car il revient aux internautes de cliquer, d'appuyer sur un bouton avec un pouce relevé pour se prononcer en faveur de cette chanson faisant partie de la nouvelle variété française. Peut être un jour cette ode se retrouvera-t-elle au baccalauréat ? Au train...où vont les choses ! Il y a bien une chanson de Jean Ferrat !

Mais le Tour de France est passé par là. Et, "J'adore ton cul" n'était plus. Bizarrement, après des mois de règne sans partage, le titre n'a plus été numéro un. Mais qui a donc bidouillé tout ça ? Sans doute, le titre ne faisait pas bien.  

Et là, patatras. Une fois les dopés passés (si, si, ils le sont tous mais la presse n'en parlera que dans les semaines qui suivront la fin du tour), "J'adore ton cul" a retrouvé sa place au box-office rouennais de la chanson.

Posté par monjul à 09:13 - Permalien [#]